Coup de ♥️ #4 : Interview exclusive de Lokua KANZA - Sortie de son 7ème album "MOKO" le 4 juin.

Mis à jour : il y a 7 jours


© Photo : Marabout


Je vais vous conter l'histoire, d'un album numéro 7, qui voit le jour par l’intermédiaire d’une voix restée muette à nos oreilles, durant 11 ans ! 11 ans, ou devrais-je dire 8 ans, le temps de peaufiner cette merveille divine, au goût de miel éternel, en compagnie de cent et une abeilles réparties sur notre planète. L’histoire d’un sage espiègle, un invité d'honneur en ce jour : Monsieur Lokua KANZA. Chers amis, prenons le temps, une pause autour d'un feu de camp, d’un feu de joie ! Suspendons nos occupations et suivons la route de Lokua KANZA, ce grand voyageur qui vogue aux âmes… Au bout du chemin, pour récompense, "MOKO", un album puissant et profond, un album où l’invisible devient visible et où même les sirènes sont envoutées ! Allez, c’est le moment de l’écouter…


TYNDIAYE : Cher Lokua KANZA, bonjour, je suis vraiment très heureuse de vous accueillir sur le blog « Coups de cœur de TYNDIAYE », où nous aimons rencontrer les musiciens et artistes du Monde. Je vous connais depuis très, très longtemps, cela remonte au concert où vous étiez l'invité aux Francofolies de La Rochelle. Je suis une fan de la première heure et vous interviewer aujourd’hui est un rêve exaucé !

Alors, vous n’échapperez pas à la tradition, il y a plein de petites questions incontournables sur ce blog et la toute première est :

En cette fin de joli mois de mai et période toute particulière de sortie en douceur du 3e confinement, que nous dit votre voix de vous ?


Lokua KANZA : Ma voix dit que l’on espère que tout aille mieux. C’était un moment très difficile pour tout le monde. Il y a beaucoup de gens que l’on a perdu, qui sont partis. En même temps et c’est mon point de vue, cela nous a permis de revisiter la vie autrement ! Cela nous a donné une « toute petite leçon », cette pandémie. La période du confinement a permis de revenir à l’essentiel de la vie. Parce que finalement, on se rend compte qu’il y a des choses beaucoup plus importantes que nos belles « bagnoles », des millions sur les comptes…, on se rend compte que l’on n’a pas besoin de tout ça, tout au moins ce n’est pas l’essentiel.


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T : Merci Lokua, dans cette période particulière qui vous a amené à vous poser, qu'avez-vous fait de ces longs mois ?


Lokua KANZA : Wow ! Honnêtement, je vais commencer par les mauvaises choses. J’ai eu du mal à composer, je trouvais que c’était dur, que c’était un moment presque "glauque". Parce que, j’aime la solitude quand elle ne m'est pas imposée. Mais, quand tu es confiné avec l’interdiction de sortir, tout d’un coup, je n’avais plus d’inspiration, je n’avais plus rien qui sortait. Et c’est là, que tu te rends compte que l’inspiration vient de la vie en fait. Les gens qu’on voit, les enfants qui jouent, les vieilles personnes qui marchent, etc..., tout cela est inspirant. De fait, je me suis remis beaucoup plus à la guitare, à la technique, au piano ! Et j’apprends à dessiner.


T : Waouh ! Et là, le dessin c'était une envie depuis longtemps ?


Lokua KANZA : Cela a commencé juste quelques mois avant le confinement, ce qui m’a donné l’occasion de m’y mettre.


T : Et si je ne suis pas indiscrète, quel type de dessin ?


Lokua KANZA : En fait, je ne sais pas dessiner, j’apprends. Là pour le moment, je me mets sur Pinterest, j’essaie de reproduire des dessins de visages. Ce n’est pas joli encore ! (rires)


T : C’est normal, vous êtes en apprentissage ! (Sourire). Cela doit être formidable pour vous, parce que j'ai cru lire quelque part, que vous avez toujours été quelqu'un de curieux, qui aime apprendre ! Aussi, vous ouvrir à cette voie en attendant l'exposition, c’est génial !


Lokua KANZA : Oh l’exposition ce n’est pas pour maintenant ! Et pourtant, on m’en a déjà proposé une, mais je ne me sens pas prêt !


T : (rires) Là, je suis d'accord, c'est un petit peu tôt ! En même temps, ce que je sais de vous, ce que j'observe de vous, ce que je ressens de vous est, si vous me le permettez, ce que j'appelle « un petit cerveau sur patte » ! Vous allez vite, vous captez vite ! Donc pourquoi pas une expo bientôt ! (rires)


Lokua KANZA : J’aime apprendre, c'est vrai. Nous sommes de perpétuels étudiants. Sincèrement, depuis que je me suis mis au dessin, ça me booste ! En apprenant tous les jours, je sens, par exemple, que les lignes, les perspectives de mes dessins changent, évoluent vite... Ça le fait !


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T : Votre énergie est mise là aussi au bout des crayons... Votre parcours Lokua est juste atypique, incroyable. Je sais que l’on vous en a maintes et maintes fois parlé, de votre pays, de votre vie à Kinshasa où, je crois savoir, que vous y retournez tout bientôt. En restant dans la spontanéité, qu'est-ce que vous aimeriez nous dire, là tout de suite, d'essentiel de cet incroyable parcours ? Celui de l'homme, du jeune homme et de l'enfant que vous étiez. L’histoire dans vos bagages, vos essentiels...


Lokua KANZA : Waouh ! Du jeune homme…, c’est un jeune homme qui avait beaucoup de rêves ! À la fois, j'ai aimé beaucoup de choses autour de moi et en même temps d'autres que je n’aimais pas ! Je me disais que je ne pouvais peut-être pas forcément changer les choses, mais que je pouvais apporter une sorte de « goût de nouveau » sur ce qui se passait autour de moi. J’ai grandi avec cette musique de danse, tout le temps omniprésente ! Et je me disais qu’il y a sûrement des gens qui ont envie d’entendre autre chose. Parce que, j’ai grandi à la fois avec les musiques urbaines, c’est vrai, mais aussi avec les musiques traditionnelles. Avec des gens qui à l’époque, venaient le soir après leur boulot s’asseoir et chantaient des chansons incroyables, magnifiques, profondes, spirituelles ! Et ça me touchait tant.

Je me suis dit : « bon, comment est-ce que je peux faire cette musique-là et à ma façon ? »

J’ai grandi avec une sorte de challenge, à me dire que je pouvais faire connaître une musique autre que celle que l’on entend tous les jours ! Même si je l’aime aussi. J'avais l'envie de la mélanger, d'en fabriquer une nouvelle et faire en sorte que ce soit bien la mienne. Et je rêvais de tout cœur de jouer partout dans le Monde, dans des salles où il y a 100 personnes qui m’écoutent ! Sauf que je ne savais pas que Dieu me préparait beaucoup plus grand, comme des concerts avec 20000 personnes dans certains endroits. Donc je pense que le jeune homme était ambitieux (sourire) !


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T : On entend en même temps une ambition sage et noble. De cette ambition, qu’est-ce qui a été déclencheur au niveau du choix de la musique ? Cela aurait pu être le sport, par exemple...


Lokua KANZA : Oui c’est vrai. Il y a eu deux moments. Le tout premier fut les dimanches à l’église où il y avait une chorale avec une cinquantaine d’enfants ! J’étais bouleversé, c’était beau, magnifique, une puissance, une force qui s’enchevêtrent quand ils chantent ensemble ! Je suis allé voir le chef de la chorale et je lui ai dit que j’aimerais bien en faire partie. Il m’a proposé d'essayer. Après m’avoir écouté, il m’a dit « oui c’est pas mal mais il faut de l’entraînement. » C’est là où j’ai commencé.

Mais le vrai déclic, en tout cas pour ma carrière, fut lors de mes 13 ans. C’était au stade du 20 Mai, on appelait ça « Tata Raphael » à l’époque. J’ai écouté une femme fabuleuse, qui s’appelait Myriam MAKEBA. Malgré mon jeune âge, je suis tombé amoureux, de la femme, de l’artiste, du personnage ! Je la trouvais extraordinaire. Je ne connaissais pas quelqu’un comme ça, en tout cas dans la culture congolaise, la culture africaine que j’écoutais un peu ! Là je me suis dit, je veux faire comme elle et c’est comme ça que c’est vraiment parti.


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T : Nous sentons bien la base de laquelle vous étiez construit, cette rencontre dans son plus grand symbole avec Myriam MAKEBA, avec qui par la suite vous avez travaillé, c’est juste magique je trouve ! Nous reviendrons plus loin sur les innombrables personnes avec lesquelles vous avez collaboré ! Personnellement j’en ai le vertige, on a beau le savoir, tout de même (rires)… Justement, là vous venez de nous parler du jeune homme. Comment définissez-vous l’artiste que vous êtes depuis ? Par exemple, imaginez que vous êtes votre meilleur ami, que diriez-vous de vous ?


Lokua KANZA : Aïe Aïe Aïe, on ne m’a jamais posé cette question ! Eh bien je dirai que "Lokua est quelqu’un qui est très curieux. Il a cette mauvaise manie de vouloir faire les choses différemment de ce qui existe, en tout cas de ce que je vois de lui ! Et à chaque fois qu’il y a une nouvelle voie où tout le monde s’enfonce, lui, il quitte cette voie et va en explorer une autre. Je vous invite à regarder ses albums, du 1er au 7ème, il n’a jamais fait un album pareil ! Et aussi, je le trouve parfois un peu lent (rires)."


T : La lenteur en soi est une vraie vertu ! En tout cas, merci à vous, l’ami, de nous parler de Lokua. Lorsque vous dites que vous allez à contresens, ne serait-ce pas plutôt, être à l’écoute permanente du monde dans lequel vous vous trouvez, qui résonne, qui vit ? Vous représentez la diversité, vous êtes faiseur de passerelles et humaniste. Tout à l’heure, très humblement, vous parliez de ce qui vous anime, ce que l’on sent au travers de vos chansons, de votre musique. Vous avez un tel amour des hommes, de l’humain, vous croyez en un Monde intelligent qui fonctionnerait avec ses différences, et vous incarnez cela dans vos titres ! Alors, lorsque vous parlez d’aller à contresens, permettez-moi de vous contredire et suggérer que votre contresens est d’être dans les battements de cœur de ce que vous ressentez ?

De quelle alchimie usez-vous Lokua ?


Lokua KANZA : L’alchimie de l’amour. Vous avez dit une chose très importante, j’aime l’humain, je ne le cache pas, je le revendique. Et la nature aussi m’a aidée à aimer encore plus l’humain. J’ai eu cette chance de voyager à travers le monde et aller dans des endroits où personne ne me connaissait et/ou peut-être juste de nom ! Et faire des salles, où les gens découvrent ma musique et de me retrouver avec ces personnes, qui pleurent, qui crient, qui rient, qui ne sont pas forcément noirs et je pense que, cela va au-delà de ce que j’avais espéré . Quand je vois ça, je me dis que l’on est une seule personne, on a des divergences, des opinions différentes mais au fond de nous, on a quelque part les mêmes essentiels, les mêmes envies. Après, il y a l’ignorance, la peur de l’autre que l’on ne connaît pas ! Par exemple on se dit « oh c’est un noir, c’est un jaune, c’est… » et cela déclenche la peur.

J’ai remarqué que lorsque l’on voyage beaucoup, on ne porte pas le même regard sur autrui. Ils ont un regard qui pétille, qui respire l’amour, ils n’ont plus peur des gens. Tout cela inspire l’artiste que je suis.


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T : En plus de tout ça, puis-je oser dire que vous êtes en mission ?


Lokua KANZA : Je n'oserai pas dire ça à tout le monde, parce que l'on va me regarder très mal. :) J'ai toujours dit de moi, perso, que quand je joue de la musique et quand je fais de la musique, je sens que ce n'est pas moi.


T: J’entends oui.


Lokua KANZA : Je sens que c'est quelque chose d'autre, que c'est une autre puissance qui entre en moi, qui me fait dire des choses ! Je suis un canal que Dieu, ou comme vous souhaitez l’appeler, me permet d'être, pour donner de l’amour, de la joie, de la réflexion, aux gens. Et ce rôle-là, je le prends très au sérieux. Voila pourquoi, quand je fais de la musique, j'essaie d'aller au-delà de ce que l'on entend, de ce que l'on voit, parce que j'ai grandi dans un environnement où les gens faisaient de la musique, pas pour gagner de l'argent. Ce sont des personnes qui avaient mon âge d’aujourd’hui, à l'époque, je les écoutais quand j'avais 12-13 ans, ils me faisaient voyager. Je partais loin et ils allaient me chercher au plus profond de moi, dans des langues que je ne connaissais pas. Je suis dans un pays où l'on parle plusieurs langues. Ils allaient dans des techniques vocales qui n'existaient pas et j'essaye aujourd'hui à ma façon, de me dire : "Comment je vais pouvoir aller toucher l'humain sans qu’il connaisse ma langue, sans qu'il connaisse la musique que je fais." Juste aller trouver ces trucs internes que l’on ne peut pas expliquer. C'est ce que j'essaie de faire.


T : Votre popularité Lokua dépasse l’entendement. Comment se fait-il, quand on ne connait pas la langue, que cela touche autant de monde ? C’est cette vibration dont vous êtes le canal. Lorsque je parlais de l’Alchimiste que vous êtes, c’est que vous avez ce tour de « tambouille » extraordinaire, pour assembler sur chaque album tous vos ingrédients et en extraire des morceaux qui nous donnent le frisson ! Vous donnez, vous portez votre voix, sans enjeux aucun, nous avons même le sentiment que s’il se trouve une seule personne qui vous entend, c’est déjà formidable. Et l’on comprend bien, que vous ne soyez pas gourou, loin de là ! Au contraire vous exprimez : « Voilà la musique que je vous propose, son message, ce que vous en ferez ensuite vous appartient » !


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Parlons de toutes les collaborations incroyables que vous avez faites ! J’ai la vision de vous, Lokua, parti il y a bien longtemps de votre Congo, sur tous les chemins et qu’au fur et à mesure des personnes rencontrées, vous vous êtes posé et des choses se sont créées le temps d’un instant. Puis, vous reprenez votre chemin et ainsi de suite.

De toutes ces expériences jusqu’à aujourd’hui, non pas, qu’est-ce qu’il en reste, mais qu’est ce qu’il en est Lokua ?


Lokua KANZA : Mes rencontres avec les autres, c'est pour moi et à chaque fois, une chance inouïe, un cadeau des Dieux ! De pouvoir entrer dans la sphère, dans l’atmosphère de quelqu'un d'autre, dans son monde, dans son environnement, c’est un cadeau qu’il te fait. Après, il est à chacun de se dire « qu’est-ce que j’apprends », parce que forcément on apprend quelque chose de toute rencontre. Qu’est ce tu prends, qu’est-ce que tu gardes et/ou tu ne gardes pas ? J’ai eu très tôt des gens qui m’appelaient pour leur disque ! Toutes ces sollicitations ont été à la fois une chance et elles m’ont aidé à m’affirmer, surtout au début, tu doutes tellement de toi ! Et voir la réaction des autres sur ce que je produisais m’a donné des ailes et permis toutes les collaborations.


T : Avant de découvrir votre dernier album, je suis allée voir et écouter le morceau « Tout va bien » sur Youtube. Plus de 229 000 vues à ce jour, bravo ! Ce morceau m’a donné la pêche. Comme ces trois petits mots sont magiques...

Alors, « MOKO », 7ème album de son rang, qui sort officiellement le 4 juin, et à ce propos, merci infiniment de m’avoir permis son écoute en avant-première, un honneur.

Lokua KANZA : Là je stresse, de savoir ce que chacun va en penser. (rires)


T : Sans aucun détour ou ambages, je vous livre mon ressenti après l’avoir écouté en boucle, dans le métro, en faisant la cuisine, en travaillant : "MOKO" est l’album de l’apothéose, un album mature, où l’on sent que vous vous faites plaisir. Que vous l’avez créé avec une grande liberté, légèreté d’être. On ressent que vous avez créé l’album de qui vous êtes pleinement, de tout ce que vous avez traversé, vécu, et avec toutes les personnes dont vous souhaitiez vous entourer. ll est comme un concentré précieux de tout « vous ». On sent votre joie d’offrir.

Les morceaux s’enchaînent avec évidence et en empruntant la palette de toutes nos émotions. Il est à la fois festif, envoûtant, grave, joyeux, il invite à la danse, à nous poser et à recevoir.


© Photo : Marabout


"MOKO", qu’est-ce que cela évoque, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ? Quelle est l’aventure de cet album, Lokua ?


Lokua KANZA : L’album "MOKO" veut dire en lingala « Un » ; l’unité en même temps. Parce que, comme je crois en l’humain vraiment sincèrement, je voulais quelque chose de très unificateur qui ramène tout le monde sur une seule table pour pouvoir discuter, échanger, communiquer et en même temps, cet album est vraiment un rêve d’enfant. Je voulais quelque chose qui soit grand, énorme par rapport aux grands musiciens, à tous ces gens qui ont fait des parcours incroyables. Pouvoir le réunir dans un seul album et pouvoir vraiment avoir un moment d’échange. Voilà pourquoi je suis allé faire 12 pays à travers le monde, voilà pourquoi il y a plus de 100 musiciens qui jouent dans l’album et tous sont vraiment au service des chansons.


T : Vous avez pris ce temps d’écrire pendant 8 ans, de rencontrer les artistes qui ont contribué à ce que cet album prenne cette naissance au fil des rencontres, que pouvez-vous nous dire sur ces personnes qui vous entourent sur l’album ? Celles que vous avez choisi savamment, qui ne sont pas forcément que les musiciens ou chanteurs mais qui sont aussi comme votre ingénieur son, votre fils par exemple ?


Lokua KANZA : Effectivement, sur cet album, il n’y a pas que des musiciens, pas que des réalisateurs, mais il y a aussi des ingénieurs sons, en l’occurrence mon fils qui s’appelle Stephy LOKUA, qui a travaillé pendant 6-8 ans avec moi. C’était notre première collaboration réelle, lui en tant qu’ingénieur et moi en tant qu’artiste et non pas père et fils. Bon, comme toutes les relations père-fils, ce n’est jamais évident, en tout cas il y a de belles choses, mais aussi des moments où l'on s’est fritté un peu. C’est la première fois de ma vie où j’ai eu ce genre de petites bagarres psychologiques, mais je pense que c’était une question de trouver ses marques. Après, ça a fonctionné. Puis, il y a eu d’autres ingénieurs sons avec lesquels j’ai travaillé, comme Jimmy DOUGLASS, qui est un des plus grands ingénieurs au monde, qui a travaillé avec Jay-Z, Beyonce, The Rolling Stones… Il y a également Liam NOLAN, qui, en Angleterre a travaillé avec Ed Sheeran, Adele… Dave DARLINGTON à New-York, qui a fait plus de 3000 mixes à son actif, avec des noms énormes allant de John Legend à David Guetta…et d'autres ingénieurs sons à travers le monde, au Congo, au Nigéria, au Sénégal où je suis passé. Il y a des photographes, des caméramans… Il y a du monde sur cet album ! Je les remercie tous vraiment parce que chacun a contribué à sa façon à l’élaboration de cet album et j’espère de tout cœur, que les gens le comprendront et sentiront l’ampleur de ce que je voulais leur offrir comme cadeau.


© Photo : Yves CARPENTIER - FRANCOFOLIES de SPA - Belgique


T : Quels sont les thèmes qui vous tiennent à cœur, que vous aimez explorer dans vos chansons, et pourquoi ?


Lokua KANZA : Dans mes chansons, les thèmes principaux sont l’amour, l’espoir et dans cet album, j’ai eu l’occasion d’aller à l’hôpital de Panzi du Docteur MUKWEGE. C’était un moment très intense, difficile mais beau à la fois, parce qu’écouter toutes ces femmes malheureusement violées, violentées était dur. Le docteur MUKWEGE leur a dit : « Racontez à Lokua votre histoire, car Lokua a cette possibilité de pouvoir chanter, de parler pour nous à travers le monde. » Je suis sorti de là vraiment bouleversé et j’ai composé la chanson qui s’appelle « KENDE MALEMBE », que j’ai dédié à toutes ces femmes pour les encourager à aller de l’avant et surtout pour demander à tous ces gens qui font du mal à la femme d’arrêter. Parce que le jour où j’étais là-bas, je me suis senti tellement mal, j’avais honte d’être un homme ce jour-là. Donc sincèrement « Wow », ce n’étais pas un moment évident. Il y a donc plusieurs thèmes, l’espoir revient souvent et je parle des gens qu’on délaisse aussi dans la rue, les laissés-pour-compte… Il y a vraiment plusieurs thématiques dans cet album.


T : À l’heure où les frontières s’ouvrent doucement, dans quel pays aimeriez-vous poser vos valises ?


Lokua KANZA : Il y a plusieurs pays sincèrement. D’abord le Congo, bien sûr et ensuite je dirai la Côte d’Ivoire, pour pleins de raisons. La première fois que j’ai voyagé hors de mon pays pour rester longtemps, c’était en Côte d’Ivoire. J’étais tellement touché par l’accueil, par les gens, par la nourriture, par les femmes, mais surtout par l’hospitalité des ivoiriens. C’était quelque chose de troublant mais qui fait du bien au cœur.


T : Qu’est-ce qui vous inspire dans la vie ?


Lokua KANZA : Pour l’inspiration, comme j'ai commencé à vous le dire, il y a beaucoup de choses sincèrement qui me touchent. Mon inspiration peut partir d’un enfant qui rit, qui sourit dans la rue, ça peut être des personnes âgées qui ont une tendresse l’une envers l’autre malgré le poids des années, ça peut être des amoureux, des oiseaux, ça peut être l’eau… Parfois même, ça peut être un match de tennis qui me touche et m’inspire, qui m’apporte une émotion quelconque. L’émotion chez moi, ou du moins l’inspiration vient d’un tas de choses et n’est pas arrêté à une seule.


© Photo : Marabout


T : Qu’est-ce qui vous pousse toujours plus loin Lokua et pourquoi ?


Lokua KANZA : Le moteur à mon humble avis par rapport à ce qui me pousse à aller loin, c’est la musique d’abord. L’amour de la musique. Depuis enfant, j’ai toujours été fasciné par des gens qui connaissent leur art. Des gens qui savent toucher l’humain à travers un son, à travers une note… Je trouve ça fabuleux. Donc chaque jour je me réveille et j’essaye en tout cas à ma façon, de pouvoir aller le plus loin possible, pour que moi aussi d’une certaine façon, je puisse toucher les gens à mon tour.


T : Quel homme êtes-vous en 2021 ?


Lokua KANZA : Alors là c’est une grande question ! Je ne sais pas trop moi-même qui je suis…

Mais je dirai que je suis différent par rapport à l’âge que je commence à aborder. Je n’ai plus la même vision que quand j’étais jeune, où je fonçais comme un fou. Aujourd’hui, je commence plutôt à me dire : « Qu’est-ce qu’il me reste à faire ? Comment je vais le faire ? ». Je pense plus à de la transmission, en tout cas avec le peu de connaissance que Dieu m’a offert, à me dire comment je peux la donner à la nouvelle génération. Comment me reposer aussi, parce que c’est quelque chose que je n’ai jamais vraiment fait dans ma vie. Je pense que le corps commence à me parler, à me demander des comptes et il faudrait que je fasse attention à ça aussi.


T : Quel sera votre petit pas d’après ?


Lokua KANZA : Mon petit pas d’après, je pense que ce sera, si Dieu le permet, des tournées bien sûr ! Aller à travers le monde, pour pouvoir offrir, partager cet album "MOKO" et aussi me retrouver dans cet environnement que j’aime tant, de communiquer avec le public. Les avions par contre, j’aime moins (rires). Car je pense qu’avec l’âge, je n’ai plus ce goût prononcé comme avant, lorsque je voyageais, j’étais tout content et fier comme un môme. Aujourd’hui je pense que je préfère les moments où je suis sur scène, même si avant et après ce n’est pas évident.

© Photo : Yves CARPENTIER - FRANCOFOLIES de SPA - Belgique


T : Que diriez-vous aujourd’hui au petit garçon / au petit Lokua que vous étiez ?


Lokua KANZA : Quand je regarde le petit Lokua que j’étais hier, je trouve qu’il a été persévérant, parce que ce n’est pas évident de croire en soi, avoir la foi de ce que l'on a envie de faire quand on est enfant et que l'on a une longue route devant soi. Et puis, tous les gens autour, qui te disent que la musique que tu fais par rapport à l’environnement n’a pas de sens, que tu n’iras jamais loin… Jusqu’à arriver à Paris et apporter sa maquette dans une maison de disque et qu’on te dise que la musique que tu fais n’est ni pour les noirs ni pour les blancs… Si tu n’es pas assez fort mentalement, tu peux sombrer. Donc je pense que je vais dire Bravo au petit garçon : "Tu as été persévérant".


T : Quels sont les trois mots inspirants du moment, que vous accepteriez de partager avec nos lecteurs ?


Lokua KANZA : Les trois mots que j’aimerais dire sont « Tout va bien ».

"Tout va bien" est non seulement le titre de mon single, mais c’est surtout ce que je pense en ce moment. On a des moments très compliqués, il y a la pandémie, des maladies, la guerre à l’Est de mon pays… Il y a eu beaucoup de morts. Il y a eu aussi l’éruption du volcan, les gens ont dû déménager… Quand j’ai fait cette chanson, c’était juste pour dire que malgré tout cela, la vie est belle, qu’on peut y croire, qu’on peut sourire. Je veux que les gens gardent le moral pour pouvoir affronter la vie, parce qu’il y a aussi des belles choses. Donc TOUT VA BIEN.


T : Cher Lokua, quel plaisir d'avoir pu partager ce moment précieux en toute simplicité avec vous. Nous pourrions vous écouter encore des heures. Merci également à Stephy votre fils de nous avoir accueilli pour l'interview. Au plaisir de vous retrouver très vite sur scène et sur les ondes en attendant...


Lokua KANZA : Merci à vous TYNDIAYE de votre écoute et de cet échange. À bientôt.


© Photo : TYNDIAYE - Selfie avec Lokua - 27 Mai 2021



Chers lecteurs, je vous invite à l’écoute en boucle de "MOKO", un album de liberté où chaque note résonne avec un message différent à nos oreilles.

Une fois encore, au risque de me répéter, moi qui ai pour coutume de voyager autour de moi, j’avoue avoir pris un vol direct en apesanteur dans la sphère musicale ! Avec pour option, la suspension de tout bruit parasite, pour parcourir la vie, ces enchaînements subtils savamment orchestrés comme une évidence, de chaque morceau.

Bravo Monsieur Lokua KANZA, à tout vite sur scène.


TYNDIAYE


Mise en page : Cynthia Akel

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